John F.B. Miles

Le travail de John F.B. Miles me fut présenté par Robert Beer, éminent peintre de tangkas et expert reconnu mondialement en iconographie bouddhiste tibétaine, auteur de plusieurs livres traduits en français. Robert Beer définit John F.B. Miles, qui fut un de ses amis les plus proches, comme un visionnaire en avance sur son temps. Voici traduit en français ce qu’il a écrit à son sujet:

« John Fmiles06The Life Forcerancis Beverley Miles est né à Cardiff, dans le pays de Galles, en septembre 1944. Son père, Arthur Miles, était un illustrateur et peintre talentueux ainsi qu’un intellectuel pragmatique aux fortes convictions socialistes. Sa mère Enid avait été nonne carmélite pendant de nombreuses années et était visionnaire avec d’intenses aspirations spirituelles et une grande capacité à aimer de manière altruiste qui trouva en John sa focalisation terrestre.

Cette improbable combinaison parentale définit clairement la personnalité génétique de John. Nourri dans l’amour de sa mère et l’individualité radicale de son père, il eut confiance en lui-même dès son plus jeune âge. Le monde était une cosmologie joyeuse et mure pour la découverte et l’exploration artistique. «Je vais au moins atteindre le soleil. » Il n’avait aucun doute quant à son propre génie artistique.

Il était passé maître dans les jeux de société, devinettes et puzzles et était aussi un étymologiste et horticulteur accompli qui connaissait les noms latins d’espèces innombrables ; un sportif versatile ; un grand divertisseur ; un amoureux de la nature et de la beauté ; et un grand séducteur. Aux yeux de ceux qui le connaissaient, il était plus vaste que la vie. Il affectionnait particulièrement le surnom de Raspoutine conféré par son médecin. Or, au-delà de cette personnalité très extravertie se trouvait une âme aimante et sensible.

Sa formation initiale dans le domaine artistique se déroula à Newport College puis à Cardiff Art College. Entre les années 1968 et 1972 il enseigna l’art dans une école de la banlieue de Londres puis fut tuteur à l’école d’art de Torquay dans le Devon entre 1972 et 1990. A cause de douleurs conséquentes à une attaque par un autre tuteur, il dut prendre sa retraite et revint donc à Cardiff en 1994 pour poursuivre sa vision créative. Les conditions semblaient maintenant réunies pour qu’il puisse peindre en paix. Mais sa santé continua à se dégrader. Il mourut dans son sommeil le 15 avril 1997 à l’âge de 53 ans. Son dernier tableau inachevé représentait un soleil couchant.

John était un dessinateur naturellement doué qui maniait le pinceau avec dextérité, vitesse et confiance. La nature elle-même semblait être son vrai maître et il s’inspirait notamment de sa forme sublime, par exemple des structures des feuilles et des tiges, des marées, des coquillages, des galaxies, des vagues, de l’eau et de la forme humaine nue. La sublimité naturelle est révélée dans les formes moléculaires et cellulaires amorphes qui constellent spatialement les compositions de John, avec toute la grâce exquise de la calligraphie musulmane la plus raffinée.

Ses peintures circulaires constellées de mandalas représentent le summum de son aptitude visionnaire, de sa dévotion et de sa patience. Certaines de ses grandes toiles n’étaient achevées qu’après plusieurs années de travail, avec des pauses pour peindre d’autres œuvres plus petites ou vivre des aventures sentimentales désastreuses. La « synesthésie », qui veut dire « sensations croisées », était le préfixe qu’utilisait toujours John pour ces compositions, puisque celles-ci sont essentiellement un jeu sensoriel et spatial réciproque de la forme, la couleur et le trait. Une teinture synthétique est vaporisée en nuage amorphe sur une toile en lin cru irlandaise. Une multitude de « passages » peut se manifester dans des couleurs en acrylique, gouache et huile sur la surface sombre ainsi obtenue. Les relations spatiales de ces passages donnent l’illusion de profondes perspectives visuelles et d’harmonies tonales, structurées dans leur sensibilité chaotique comme le sont les partitions de toute grande composition musicale classique. Il avait un vocabulaire artistique unique, un langage visuel de notes gracieuses et de lignes poétiques très intelligent.

Une question que se pose souvent le spectateur est : “L’artiste voit-il réellement les choses qu’il représente ?” Peut-être que la réponse la plus directe est purement métaphysique, c’est-à-dire que tout est conceptuel, que tout ce qui émerge “simplement se met à vivre”. Il n’y a là aucune distinction entre vision extérieure et vision intérieure. Les concepts de toutes les formes imaginatives et abstraites des tableaux de John étaient tous précisément formulés dans sa vision intérieure, et pourtant paradoxalement, leur rendu à travers le pinceau et le pigment était aussi un acte d’improvisation totale. »